Le temps de la reprise

Cette période de reprise est toujours l’occasion d’éprouver à quel point le temps qui passe et la manière dont nous le sentons passer sont d’abord des expériences personnelles et intimes. Ils n’ont pas grand-chose à voir avec l’image d’une succession d’heures toujours parfaitement identiques et qui ne font que se suivre, froidement et implacablement. Même sans avoir lu ce que Bergson dit de la différence entre le temps et la durée, nous faisons tous, ces jours-ci, l’expérience très ordinaire que le temps ne passe pas de la même manière selon les jours et les périodes, selon les types d’obligations et de contraintes qui structurent les journées, et même selon les personnes avec qui ce temps est passé. Et voici la reprise. Comme le rythme change soudain et que nous retrouvons, pour beaucoup, une structuration différente de nos journées, cette expérience de la saveur du temps s’impose à nous, tout à coup. Sûrement pouvons-nous y voir une occasion de goûter ce temps qui n’est décidément pas homogène, de l’habiter toujours un peu plus pleinement ! Et, puisque Magnifica Humanitas nous invite explicitement à « préserver les lieux et les moments où la présence physique reste déterminante » (§ 239) pour répondre à l’accélération et à la fragmentation de notre époque, que nos Facultés soient, cette année encore, l’un de ces lieux !
C’est ce que je nous souhaite à toutes et à tous bien sûr, mais en particulier à celles et ceux qui vont découvrir les Facultés Loyola Paris dans les prochains jours et les prochaines semaines, et à qui je souhaite très chaleureusement la bienvenue.
Le temps de la reprise est aussi l’occasion de se projeter sur l’année qui s’ouvre. Celle-ci sera, comme toujours, rythmée par de nombreux événements propres à la vie des Facultés. Mais plusieurs événements extérieurs s’annoncent également, et qui ne manqueront pas de nous concerner très directement. Tout le monde pense bien sûr d’abord à la venue du pape à la fin du mois de septembre, et il ne fait aucun doute que ce sera un rendez-vous important pour notre communauté.
Mais peut-être est-il bon de regarder vers une échéance un peu plus lointaine. Il se trouve en effet que nous sommes à l’aube d’une année qui sera, dans le contexte français qui est le nôtre, une année politique. Et il me semble que, comme Faculté de philosophie et comme Faculté de théologie, nous devons nous préparer, à notre échelle, à y prendre part. Bien sûr, les travaux universitaires peuvent sembler bien éloignés de la réalité toujours particulière d’un contexte politique, qui engage des préférences, des choix et des options personnelles. Mais il n’aura échappé à personne que nous sommes dans le monde : nous ne sommes pas hors sol. Et les enjeux du temps politique qui s’ouvre sont tels qu’il convient de nous demander, chacune et chacun à notre place, ce que nous pouvons faire de cette inscription dans le monde, sur le plan personnel comme sur le plan institutionnel. Comment pouvons-nous nous préparer ? À quoi exactement ? Comment pouvons-nous prendre part à ce temps politique pour ne pas avoir à regretter de nous être tenus en retrait ? Comment, en somme, honorer notre responsabilité en tant que communauté universitaire ? Ce sont là, bien sûr, des questions immenses, qui ne peuvent que rester ouvertes dans un tel éditorial. Mais ne perdons pas de vue que cette échéance arrive, qu’elle arrive bien vite, et qu’elle nous concerne tous.
Je souhaite à toutes et à tous un bon temps de reprise et une belle entrée dans cette nouvelle année aux Facultés Loyola Paris.
Louis LOURME
Recteur des Facultés Loyola Paris