Entre concordance et déplacement, le christianisme en dialogue avec les Classiques chinois, l’exemple de François Noël s.j. (1651-1729)

François Noël (1651-1729), jésuite et traducteur des Classiques confucéens, occupe une place singulière dans l’histoire de la rencontre entre le christianisme et la pensée chinoise. Son travail ne consiste pas seulement à traduire les Classiques chinois pour un public européen, mais à élaborer les conditions intellectuelles d’une véritable intégration entre les deux traditions. À travers ses traductions, ses commentaires et ses reconstructions dans le Philosophia Sinica, Noël cherche principalement à montrer la compatibilité entre le christianisme et les Classiques chinois, tels qu’ils ont été interprétés par la tradition néo-confucéenne.
Cette recherche de concordance n’est ni une simple assimilation ni une harmonisation superficielle. Noël en utilisant un vocabulaire scolastique essaie de construire des ponts au-delà des écarts qui séparent les deux traditions, en particulier sur le statut du Taiji 太極 et son rapport aux réalités particulières, l’articulation entre principe et souffle vital, ou encore la possibilité de penser, à partir des categories chinoises, l’individualité et l’immortalité de l’âme. Ces tensions l’obligent à déplacer les cadres hérités de la philosophie scolastique.
La conférence présentera ainsi la manière dont Noël articule traduction, interprétation et créativité philosophique. Il ne s’agit pas seulement, chez lui, de rendre les textes chinois intelligibles en termes occidentaux, mais aussi de permettre à la tradition chrétienne d’être transformée par leur rencontre. L’œuvre de Noël apparaît aujourd’hui comme une tentative précoce de philosophie interculturelle.